Les Palestiniens à l’heure du Hamas (extraits)

Depuis une vingtaine d’années, les territoires palestiniens n’ont pas échappé au regain religieux visible dans la plupart des pays de la région. « Après la révolution iranienne de 1979, on a vu apparaître le hidjab, quasiment inexistant dans les années 1960 et 1970, en Egypte ou à Gaza », rappelle M. Loubbad. « Parallèlement, le panarabisme moderniste a perdu de la vitesse et l’islamisme s’y est substitué », ajoute M. Al Shafi. « Plus localement, il faut rappeler que le sionisme s’est installé ici au nom de la religion ; l’islam a réagi », dit Mme Tarazi. Les conditions de vie difficiles liées à l’occupation, notamment après la première Intifada (1987-1993), ont encouragé le recours à la religion. Enfin, depuis sa création, en 1987, le Hamas travaille la société au corps, s’imposant par un maillage efficace des quartiers et une action caritative sans équivalent.

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Au niveau légal, le Hamas peut déjà s’appuyer en partie sur la charia. La loi islamique constitue l’une des sources du droit palestinien et prévaut notamment en matière de droit familial.

« Lorsque le code civil a été rédigé, rappelle M. Abou Eishé, qui a participé au comité de rédaction, il était bien précisé qu’aucune de ses dispositions ne devait contredire l’islam. » En cela « les territoires palestiniens ne se distinguent pas des autres pays arabes, ajoute Mme Jad. Pas un seul d’entre eux n’a adopté une loi civile et il faut bien reconnaître que, pour les féministes comme moi, la bataille entre la loi civile et la charia a été perdue il y a longtemps déjà. »

La polygamie est reconnue, le droit à l’héritage favorise les hommes, la plupart des mariages sont arrangés par les familles, en cas de divorce, les enfants les plus âgés sont confiés d’autorité au père, et, dès les petites classes, la mixité scolaire est inexistante, sauf dans quelques écoles privées et chez les chrétiens. Seules les universités, notamment pour des raisons budgétaires, accueillent filles et garçons dans les amphis, à l’exception de l’université islamique de Gaza.

« Dans la bande de Gaza, assure Nadia Abou Nahleh, responsable à Gaza d’une association qui lutte contre les discriminations envers les femmes (WATC), les femmes sont déjà fortement influencées par la religion ; toutes portent le hidjab, arrangent les mariages, fréquentent les centres culturels, les mosquées ou les crèches tenues par le Hamas. » Elle craint malgré tout une tentative du Mouvement d’intensifier ces pratiques et d’empêcher de plus en plus les rencontres hommes-femmes dans les lieux publics. « Ils ne le feront ni frontalement ni par la loi, mais par le biais de leurs associations, redoute la militante féministe. A Gaza, des groupes informels ont déjà tué une jeune femme et son fiancé parce que, selon eux, leur comportement contrevenait à la charia. »

« Le Hamas est assez malin pour ne pas tenter d’imposer quoi que ce soit par la loi, ajoute M. Abou Eishé. De toute façon, un processus législatif prend beaucoup de temps et le Hamas n’a que quatre ans devant lui. Il y aura au surplus une forte opposition au Parlement et il devra compter avec le président de l’Autorité palestinienne . Pour obliger les femmes à porter le voile, par exemple, un décret présidentiel serait nécessaire. Hamas s’y prendra plus finement, en promettant des subventions aux groupes respectueux des valeurs islamiques.« 

Mme Tarazi promet pour sa part « la vigilance sur chaque proposition de loi. Nous nous assurerons que les lois progressistes ne soient pas abolies. Je constate en tout cas que la loi défendue par nous pour imposer des quotas de femmes aux élections a été bien respectée par le Hamas ».

Au niveau culturel, pas grand-chose ne subsiste dans les territoires qui soit susceptible de tomber sous le coup d’une loi Hamas. Depuis la première Intifada, la plupart des cinémas, des théâtres et des lieux de divertissement ont été fermés, à l’initiative des islamistes.

Seule Ramallah, « capitale » internationale de Cisjordanie, a conservé un semblant de vie culturelle et ici ou là des restaurants continuent de servir de l’alcool comme à Bethléem et à Jéricho. Sans publicité, les centres culturels français à Gaza, Naplouse et Jérusalem, notamment, ont poursuivi leurs programmes, devenant des lieux uniques d’échanges et de rencontres mixtes. Cependant, face aux menaces émises après la publication des caricatures sur le prophète Mahomet, ils ont tous été fermés. « Notons quand même que, dans les récentes manifestations anti-européennes, le Hamas n’était pas en première ligne », souligne M. Loubbad.

Extrait d’un article du « Monde », 17 février 2006

~ par libertefemmespalestine sur novembre 10, 2006.

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