L’Université Islamique de Gaza

L’université islamique de Gaza est le fief du Hamas, le lieu où ont été formé la plupart des cadres de ce parti islamiste et réactionnaire. Et on notera qu’y règne l’apartheid sexuel, la stricte séparation entre hommes et femmes, que veulent imposer les barbus, y compris en Cisjordanie. Et d’ailleurs, même si, en Cisjordanie, les universités sont généralement mixtes, des militants islamistes ont déjà, bien avant les élections, cherché à imposer leur programme ségrégationniste, par exemple en isolant complètement les filles dans certaines classes, refusant de leur dire le moindre mot et même de les saluer.

LA PETITE LIBRAIRIE du foyer des étudiants, située au sous-sol de l’université islamique de Gaza, fournit tout ce dont l’élève modèle palestinien a besoin : des stylos, crayons et bloc-notes en passant par les livres d’étude. Mais elle se distingue d’une simple université en proposant aussi de quoi compléter l’éducation radicale de la jeunesse de Gaza : des DVD dédiés aux «martyrs» du Hamas tombés dans des opérations anti-israéliennes ou aux Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du mouvement, les discours enflammés des dirigeants islamistes, ou des livres retraçant le parcours de leur chef spirituel, Cheikh Ahmed Yassine.

L’université islamique de Gaza est l’épicentre du tremblement de terre politique qui a secoué l’Autorité palestinienne le 25 janvier dernier avec la victoire surprise du Hamas aux élections législatives. La plupart des cadres du mouvement islamiste, morts ou vivants, y ont étudié ou enseigné. En 27 ans d’existence, le campus rudimentaire de l’université islamique, où l’on enseignait à l’origine sous des tentes, s’est transformé en une école respectable comptant quelque 17.000 étudiants.

 Le savant mélange de politique et de religion a fait de ce campus le vivier du Hamas. Ismail Haniyeh, le premier ministre désigné du futur gouvernement Hamas, y a étudié, ainsi que Mohammed Deif, le chef des Brigades Ezzedine al-Qassam.

«Culture et discipline»

Devenue le fief du Hamas après la scission avec le Fatah, l’université islamique a été fondée par les Frères musulmans. Au départ elle dispensait uniquement l’apprentissage de la charia et du Coran. Puis, au fil des années, l’enseignement est devenu multidisciplinaire. Officiellement le cheikh Ahmed Yassine ne faisait pas partie des fondateurs de l’établissement. «Mais il avait ses hommes à l’intérieur. Il était le guide spirituel de la faculté, explique Salam Salamé, l’un des enseignants et fondateurs de l’université et nouvel élu du Hamas. L’université islamique fournit la matière grise du Hamas. On y apprend la culture et la discipline.»

Israël tolère la création de l’université. Mais les services de renseignements l’ont toujours considérée comme un foyer de l’islamisme radical et de la résistance. Et, en 1987, après le début de la première intifada, les autorités israéliennes ferment l’établissement, qui continuera de fonctionner clandestinement. «On enseignait en cachette dans les maisons, raconte Salam Salamé, qui fut recteur avant d’être expulsé au Liban avec 88 étudiants. Les étudiants étaient le carburant de l’intifada, nous étions leurs dirigeants.»

Planté sous un poster du «martyr» Adnan al-Goul, l’inventeur des roquettes artisanales Qassam, tué dans un raid israélien, un étudiant en anglais tend son DVD préféré, en vente au foyer. «Le film raconte la vie de Khaled Abou Salmiyeh, il était étudiant en religion ici, dit-il. Ensuite il est devenu l’un des chefs des Brigades Ezzedine Al-Qassam et il est mort dans une opération martyre.» Le film montre l’élève modèle en train de tirer des roquettes sur Israël ou sur des colonies. Le commentaire vante sa discipline exemplaire, son «éducation parfaite» fondée sur la connaissance du Coran. Un autre «documentaire» retrace les actions les plus «glorieuses» des Brigades Ezzedine al-Qassam. On y montre notamment les ateliers de fabrication de roquettes et de mortiers artisanaux et l’on y enseigne de façon détaillée comment fabriquer ces armes.


DVD et posters de «martyrs»

 En charge des relations extérieures de l’université, Rajaa Abou Mezied s’empresse d’indiquer que les DVD et autres posters de bombes humaines ne font pas partie du cursus officiel. «L’enseignement n’est pas politique, mais chacun est libre d’avoir ses idées, dit-elle. Notre réputation est avant tout fondée sur l’excellence de l’enseignement. Notre académie est ouverte sur toutes les cultures du monde. Il existe neuf instituts de recherche spécialisés et plus de 45 programmes scientifiques.» L’université s’est développée grâce à l’aide internationale, provenant essentiellement du monde arabo-musulman, mais aussi de pays européens et des Etats-Unis. Le géant américain du processeur Intel investit cette année un million de dollars dans l’enseignement de l’informatique dans l’université. L’US Aid précise que l’université a signé le certificat antiterrorisme avant de recevoir des fonds américains.

Les bâtiments aux couleurs blanc et vert et les cours ombragées plantées de palmiers sont un havre d’ordre et de tranquillité dans le chaos de Gaza. Mais l’université est aussi le reflet de l’islamisation fulgurante de la bande de Gaza, transformée en prison à ciel ouvert depuis le début de la seconde intifada en septembre 2000. La tenue islamique correcte est de rigueur : habaya traditionnelle et voile pour les filles, vêtements discrets et barbe conseillée pour les garçons. Hommes et femmes sont séparés par des parois métalliques, qui passent entre les bâtiments. Tous les cours sont dispensés en double, pour garantir une séparation totale.

Cela ne choque pas les étudiants. «Selon la charia, il faut séparer les filles des garçons dès l’âge de 7 ans, explique Mohammed Sahouir, 20 ans, étudiant en religion. Nos seuls contacts avec les filles doivent avoir lieu par la voie du mariage. J’espère que bientôt les règles en vigueur ici s’appliqueront dans toutes les universités palestiniennes. Car dans les facultés de Cisjordanie, on autorise les contacts avec les filles et tous les autres péchés.»

Mohammed dit avoir voté pour le Hamas avant tout pour «chasser le Fatah et ses dirigeants corrompus du pouvoir». Mais cet étudiant à la barbe clairsemée, qui affiche un grand sourire, espère aussi une instauration en douceur de la charia. «Le Prophète Mohammed a mis 23 ans à interdire l’alcool et à couper les mains des voleurs, dit-il. On sait qu’il faudra du temps pour créer une société islamique parfaite en Palestine. Mais une fois que nous aurons donné l’exemple, nous espérons aussi que le monde occidental comprendra enfin que nous ne sommes pas des terroristes et qu’il adoptera lui aussi la charia.»

 

Le figaro, 2 mars 2006

~ par libertefemmespalestine sur novembre 10, 2006.

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