Après l’attaque meurtrière contre Gaza: l’impasse de la politique israélienne

Après les condamnations entraînées par l’attaque de la ville de Beit Hanoun et le massacre délibéré perpétré par l’armée israélienne – près d’une centaine de victimes civiles -, le gouvernement d’Ehoud Olmert persiste et signe, se contentant de parler d’«erreur technique» et annonçant une enquête militaire. Et il ajoute immédiatement qu’Israël se réserve le droit de continuer d’intervenir dans les territoires palestiniens pour mettre un terme aux tirs de roquette contre son territoire.

Contre Gaza, comme cet été contre le Liban, la seule politique des gouvernements israéliens est une fuite en avant dans la répression et l’étalage de leur force. Depuis son retrait de Gaza à l’été 2005, l’armée israélienne n’a jamais cessé d’y intervenir: incursions répétées pour empêcher les tirs de roquette, assassinats de responsables de groupes armés palestiniens ou opération militaire d’ampleur comme en juin dernier, pour tenter de récupérer un soldat prisonnier. D’autres opérations militaires sont sans doute en préparation.

Face à cela, le silence complice des grandes puissances persiste, malgré les condamnations verbales auxquelles même Condoleezza Rice s’est livrée en exprimant sa «profonde tristesse». Samedi 11 novembre, à l’ONU, les USA ont même opposé leur veto à une résolution qui demandait l’arrêt des opérations militaires et le retrait de l’armée de la bande de Gaza, montrant ainsi clairement ce que pèse la «tristesse» de Rice.

Du côté palestinien l’agression contre Gaza a peut-être accéléré le rapprochement entre le Hamas et le Fatah en vue de la constitution d’un gouvernement d’unité nationale composé de «techniciens», dont le Premier ministre ne serait pas membre du Hamas. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, membre du Fatah, espère qu’un tel gouvernement permette de lever le blocus financier décidé par les USA et l’Union européenne depuis l’arrivée du Hamas au pouvoir en janvier 2006.

La mise en place d’un tel gouvernement pourrait gêner un peu les dirigeants israéliens, qui ne cessent de proclamer qu’ils n’ont pas d’interlocuteur côté palestinien car le Hamas serait une organisation terroriste. Et la politique de force menée par le gouvernement serait, peut-être, plus difficile à justifier devant la population israélienne. Mais jusqu’à présent, les gouvernements israéliens ne se sont jamais trop embarrassés de prétextes pour poursuivre, envers et contre tout, leur politique d’agression et de colonisation des territoires.

Cette situation sans issue amène maintenant un certain nombre de dirigeants occidentaux à parler de la nécessité de rétablir «un processus de paix». Leur inquiétude sur la situation en Palestine rejoint celles sur la situation en Irak, dont les dirigeants américains eux-mêmes ne savent plus comment sortir. Le Premier ministre britannique, Tony Blair, a même déclaré qu’il fallait d’abord, parvenir à une solution du conflit israélo-palestinien.

Malheureusement, pendant des années de prétendu «processus de paix» israélo-palestinien, les concessions faites dans ce cadre par les dirigeants palestiniens n’ont pas amené les dirigeants israéliens à changer d’attitude. Ils s’en sont servi pour gagner du temps, poursuivre la colonisation des territoires et y créer autant de «faits accomplis» sur lesquels ils n’envisagent pas de revenir.

Alors, même l’éventuelle reprise d’un tel «processus de paix» risque de s’avérer une tromperie de plus pour le peuple palestinien, tant qu’il n’y aura pas de réel infléchissement de la politique israélienne. Ce serait d’abord à la population israélienne de l’imposer à ses gouvernants. Car c’est bien elle qui devra, un jour ou l’autre, trouver le moyen de coexister avec les peuples palestinien et arabes en général. Et il faut souhaiter que le résultat désastreux de la guerre du Liban et de l’offensive contre Gaza contribue à lui faire prendre conscience de l’impasse dans laquelle l’entraîne la politique de ses gouvernants.

Cédric DUVAL, « Lutte Ouvrière« , 15 novembre 2006

~ par libertefemmespalestine sur novembre 16, 2006.

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