La violence contre les femmes n’est pas un sujet de plaisanterie

Le 13 janvier, parmi les nombreuses informations sur les violences que subissent les femmes, une dépêche indique :

 

« Turquie: une femme tuée parce qu’elle ne cuisinait que des pâtes

ANKARA – Un habitant de Trabzon, dans le nord-est de la Turquie, a tué sa femme à coups de marteau parce qu’elle ne cuisinait que des pâtes depuis un mois. Arrêté après une brève cavale, l’homme, âgé de 53 ans, a reconnu les faits.

« Elle ne s’intéressait plus à moi, c’était insupportable. Depuis un mois, elle ne cuisinait que des nouilles », a déclaré l’individu à la police. Ce sont des voisins qui ont découvert le corps sans vie de la victime et alerté les forces de l’ordre. »

 

La nouvelle est terrifiante, atroce… Encore une fois une femme est tuée par son conjoint, et la justification de l’assassin est qu’elle ne cuisinait que des nouilles ! Le titre de la dépêche laisse penser « il l’a tuée pour un motif aussi futile… ». Récemment, un article sur les violences contre les femmes en Turquie donnait de nombreux exemples de meurtres : « Ummu K. 33 ans, égorgée par son mari ; son tort était de prendre trop souvent un bain. Esra, 18 ans, tuée par son frère pour avoir parlé au téléphone avec un ami. Leyla Karaca, étranglée sous les yeux de ses fils avec une serviette par son mari pour avoir tardé à préparer le petit déjeuner. F.T., à Diyarbakir, abattue de plusieurs coups de feu par le frère de son compagnon, avec lequel elle vivait sans être mariée. Ces crimes ne sont que quelques uns des 18 meurtres relatés par les journaux depuis le mois d’août, parmi de nombreux autres actes de violence. » Pour tous ces meurtres, le motif invoqué par le tueur est toujours aussi futile… et à chaque fois, l’assassin ne donne pas la vraie raison, le seul véritable mobile du crime. Plus que d’avoir cuisiné des pâtes, pris trop souvent des bains, tardé de préparer un repas ou parlé au téléphone, toutes ces femmes assassinées l’ont été parce qu’elles étaient des femmes dans une société dominée par les hommes, parce que dans une société patriarcale, la vie d’une femme ne vaut pas grand chose. Et même si elle n’est pas tuée, sa vie a si peu de valeur qu’on peut lui interdire de disposer de son corps, d’avoir accès à la libre disposition de sa propre existence, qu’on peut la priver de ses droits humains et lui faire subir les pires violences.

 

On ne sait rien de la vie de Sukran, cette habitante de Trabzon assassinée à coups de marteau. On ne connaît que sa mort, tuée par un mari qui lui reprochait de faire trop souvent des pâtes. Par contre, on peut imaginer sa vie, si on peut appeler ça une vie : être l’esclave, la chose, d’un homme, subir les violences et le viol conjugal, devoir se taire et taire ses désirs et aspirations… et finalement finir assassinée, tuée à coups de marteau. La justification de l’assassin importe peu finalement. Sukran aurait tout aussi bien être tuée parce que ce soir-là l’homme voulait des pâtes, parce que le plat n’était pas assez salé, parce qu’elle se refusait à lui, parce qu’elle était trop ou pas assez maquillée, au nom de n’importe quel prétexte ou caprice de l’homme.

 

Qu’il y a-t-il dans cette tragédie, dans cette tragédie que vivent des milliards de femmes victimes de violences, de pressions, menacées de mort si elles osent revendiquer le droit de vivre, et finalement assassinées pour un rien par un homme, qui pourrait prêter à sourire ? Rien. Il y a-t-il dans ce « fait divers » si fréquent dans tous les pays et sous tous les climats quelque chose qui pourrait être sujet de plaisanterie ?

 

Et pourtant… sur de nombreux sites d’informations le meurtre de Suskran a été classé dans la rubrique « insolite » à côté de nouvelles du genre « un aveugle pris en excès de vitesse sur l’autoroute ». Et pire, on trouve même cette nouvelle terrifiante, c’est-à-dire ce meurtre sexiste, cet assassinat d’un être humain uniquement parce qu’il s’agit d’une femme, sur le site « funny news » (nouvelles… amusantes !), « agrémentée » de commentaires se voulant « humoristiques ».

On savait déjà que le plus souvent les assassinats de femmes apparaissent dans la rubrique « faits divers », appelée aussi, en langage populaire, « rubrique des chiens écrasés »… ce qui montre l’importance accordée aux femmes, pas seulement en Turquie, mais aussi en France. Ce n’est qu’à quelques occasions comme le 8 mars ou le 25 novembre qu’on se souvient de toutes ces victimes… une femme assassinée par son conjoint tous les deux jours en France, par exemple, et tous ces meurtres ne sont plus alors des « faits divers » mais une question sociale. Et l’assassinat de Suskran n’apparaît plus alors comme « insolite », mais bien comme ce que subissent des millions, des milliards de femmes à travers le monde.

 

On sait maintenant que le meurtre d’une femme peut être, pour certains, un sujet de plaisanterie. Si Suskran, par exemple, avait été prisonnière dans un quelconque camp de travail ou esclave et assassinée pour un motif tout aussi futile, personne n’aurait trouvé ça drôle ou amusant. Au contraire même, tout le monde aurait vu dans ce meurtre la sauvagerie et la barbarie d’un système. Mais Suskran a été tuée parce qu’elle était une femme, et non seulement on ne voit pas dans ce meurtre toute la sauvagerie et la barbarie du système patriarcal, mais on se permet même de plaisanter sur sa mort. Et ces rires sont une véritable insulte pour les milliards de Suskran qui, aux quatre coins du monde, souffrent et crèvent de la violence du système patriarcal.

 

Yasmina

 

 

 

 

                       

~ par libertefemmespalestine sur janvier 21, 2007.

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