A Hébron, la toute puissance de la « justice » tribale

Cet article concernant la prédominance de la « justice » tribale à Hébron ne s’attarde pas sur la question des droits des femmes. Il faut préciser que pour ce qui est de la liberté des femmes, la « justice » tribale est une des pires, puisqu’elle s’appuie sur un droit non écrit basé sur les traditions patriarcales. Ainsi par exemple, l’étude de Nadera Shalhoub-Kevorkian éditée par le WCLAC, « Mapping and analyzining the landscape of feminicide in palestinian society » consacre un chapitre sur les crimes d’honneur et le système de « justice » tribale.  Ce chapitre est le résumé de discussions  et rencontres avec vingt notables et juges tribaux. Ainsi, l’étude indique « Quelques soient les raisons données pour le féminicide, les notables tribaux étaient prompts à sympathiser avec le meurtrier et d’accepter ses accusations contre la femme. » L’étude cite ainsi un juge tribal qui affirme : « Lorsqu’une femme est suspectée de quelque chose, c’est un signe qu’elle a fait quelque chose de grave. Je questionne la femme pour savoir si elle ment ou si elle me dit la vérité. Mon expérience a montré que je veux connaître la vérité en regardant ses yeux. Dans l’écrasante majorité des cas, le comportement déviant de la femme est la raison de sa mort. Un homme ne punit pas et ne tue pas une femme sans raison. » Et finalement, cette même étude indique quelles sont les propositions faites par ces chefs tribaux pour prévenir les crimes d’honneur :

« 1. Interdire la libre mixité entre les sexes.

 2. Interdire aux femmes de travailler en dehors de la maison.

3. Marrier les filles lorsqu’elles sont jeunes pour qu’elles n’aient pas l’opportunité de devenir « faltat » (perdues).

4. Encourager la polygammie. »

Comme on le voit, les propositions des chefs tribaux signifient enfermer encore plus les femmes, restreindre leurs libertés, et si elles n’acceptent pas docilement leur rôle d’esclaves du pouvoir patriarcal, leur mari, leur frère ou leur père peuvent le faire subir toutes les violences, y compris les tuer. La dépèche Reuters suivante, qui montre le pouvoir de la justice tribale à Hébron, signifie donc aussi encore plus de restrictions pour la liberté des femmes.

HEBRON, Cisjordanie (Reuters, 19 février 2007)« L’autorité est inexistante. A Hébron, nous réglons nous-mêmes nos problèmes. » Fazi Djadoua Oweiwi, l’homme qui s’exprime ainsi, est à la tête de l’une des plus grandes familles de cette ville de Cisjordanie. En l’absence de forces de l’ordre efficaces, il est souvent appelé pour résoudre des querelles mais aussi des vols ou des meurtres.

Il y a quelques jours, c’est lui qui a empêché que l’incendie d’une voiture ne dégénère en affrontement entre deux familles palestiniennes.

L’Autorité palestinienne, créée par les accords intérimaires de paix de 1993, est pourtant censée maintenir l’ordre dans les territoires de Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Mais la répression israélienne engagée avec la seconde Intifada, qui a débuté il y a plus de six ans, conjuguée à l’embargo international décrété après la victoire électorale des islamistes du Hamas et aux violences interpalestiniennes ont privé la police palestinienne de tout contrôle véritable sur le cours des événements.

Aussi, face à ce qu’ils considèrent comme un chaos croissant, Oweiwi et d’autres chefs de clan se sont-ils mués en ’juges de paix’. Leur influence découle des liens tribaux traditionnels de la société palestinienne. En pratique, ils peuvent si nécessaire mobiliser des centaines de leurs proches.

« Je peux faire venir ici en un quart d’heure un millier de personnes sur un simple coup de téléphone », assure Oweiwi. « La situation est mauvaise, et elle s’aggrave », poursuit cet homme de 75 ans. « Si nous, les chefs des tribus de Cisjordanie, disparaissions, les gens finiraient par s’entre-égorger. »

Frénésie pour les armes

Nadji Moustafa Abou Seneineh, qui dirige un autre clan de Hébron, raconte lui qu’il est récemment intervenu à Bethléem pour régler un litige foncier portant sur 40 dunums (4 hectares) de terre.

L’insécurité à Hébron, dit-il, conduit de plus en plus d’habitants à vouloir assurer leur propre sécurité. La tendance a provoqué une véritable frénésie pour les armes, dont les prix flambent. « Je connais des familles qui ont réduit leurs dépenses alimentaires pour pouvoir s’armer », poursuit-il.

Oweiwi comme Abou Seneineh affirment que l’influence de leurs familles a permis, pour l’heure, d’éviter que les violences entre factions ne dégénèrent en Cisjordanie à l’image de ce qui se passe dans Gaza, où des dizaines de Palestiniens ont péri en décembre et en janvier.

D’autres grandes familles n’hésitent pas à défier directement les forces de l’ordre.

En décembre, un commissariat de police de Hébron a été littéralement pris d’assaut. Quinze policiers ont été enlevés, six autres ont reçu des balles dans les jambes et une quinzaine de véhicules de police ont été incendiés. Selon des membres de la sécurité, les assaillants souhaitaient venger la mort d’un des leurs tué par la police.

Criminalité en hausse

La hiérarchie policière se dit dans l’incapacité de lutter contre la violence ou de contester cette « autorité tribale ».

L’embargo économique imposé après l’arrivée au pouvoir du Hamas explique en partie cette perte de contrôle. De nombreux policiers ne perçoivent plus qu’une fraction de leur salaire. « Je travaille à mes propres frais, je paie moi-même mes dépenses téléphoniques », témoigne un responsable palestinien sous le couvert de l’anonymat.

Le déploiement de l’armée israélienne autour de plusieurs implantations juives dans le centre de Hébron entrave également l’action des forces de l’ordre, poursuit-il. Les policiers palestiniens ne peuvent plus se déplacer comme ils le voudraient.

Finances en berne, restrictions de mouvement. Si on y ajoute les profondes tensions politiques entre factions, on obtient un tableau relativement complet des raisons pour lesquelles la police est aujourd’hui impuissante à remplir sa mission.

« En absence d’un état de droit, les criminels et les gangs se développent et menacent la stabilité de la société palestinienne », poursuit ce responsable palestinien.

Et pour les civils qui ne peuvent s’abriter sous la protection d’une des grandes familles de la ville, l’impunité et le désordre sont motifs d’une inquiétude plus forte encore.

Hatem al Charif, qui tient une petite boutique de cordonnerie, est dans ce cas. Il dit avoir dépensé récemment 1.000 dinars jordaniens (1.400 dollars) pour s’acheter un pistolet. L’arme vient d’Egypte, dit-il. Son numéro de série a été effacé. « Je l’aurais acheté avant si j’avais pu. Et si j’avais suffisamment d’argent, j’achèterais un (fusil automatique) M-16. »

~ par libertefemmespalestine sur février 19, 2007.

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