Révolte des femmes de la famille Abu-Ghanem

Le meurtre de Hamda Abu-Ghanem, dont le corps criblé de balles fut retrouvé à la mi-janvier au domicile de ses parents, n’a surpris personne.

 

Alors que la police menait son enquête, tout le monde savait que le frère de la victime l’avait menacée de mort et que, avant le meurtre, elle était allée chercher refuge dans un foyer pour femmes battues.

 

C’était un « crime d’honneur » typique, lié à la perception de la réputation familiale.

 

Les coupables de la plupart des crimes d’honneur dans la communauté arabe ne sont pas appréhendés. L’assassinat de Hamda, pourtant, fut le crime de trop pour les femmes de la famille Abu-Ghanem. Elle fut la huitième femme de la famille étendue a avoir été tuée ces derniers six ans et demi.

 

Cette fois, plutôt que de rester muettes lorsque la police les a interrogées, les femmes de la famille Abu-Ghanem ont donné de nombreux témoignages et dit tout ce qu’elles savaient. Une explique avoir vu Rashad entrer dans la maison où était Hamda. Puis, peu après, avoir entendu des coups de feu et voir Rashadn le principal suspect, fuir le bâtiment.

 

La mère de la victime a dit à la police que Rashad avait interdit à sa sœur de quitter la maison après que certains hommes la traitent de « prostituée ».

 

« Ce fut une révolte des femmes contre les hommes de la famille. Alors que les hommes refusaient de coopérer avec la police et interdisaient aux femmes de parler, les femmes ont tout raconter . Elles ont décidé de mettre fin au cercle sanglant du silence » dit Haim Schreibhand, Inspecteur en Chef chargé de l’enquête, à Haaretz.

 

Les enquêteurs ont rassemblé les témoignages de 20 femmes de la famille et pu assembler les pièce du puzzle, ajoute-t-il.

 

Kamal Rashad Abu-Ghanem, 30 ans, fut inculpé hier par la Cour du District de Tel Aviv. Son cousin, Mahmoud, qui fut lui aussi arrêté a été libéré pour manque de preuves.

 

Rashad Abu-Ghanem est accusé d’être entré dans la maison familiale, dans le quartier de Juarish à Ramle. Sa sœur était seule à la maison, couchée sur son lit. Elle savait probablement qu’elle allait mourir. Il est entré dans la chambre de la sœur avec un pistolet 9 mm et a tiré neuf balles sur elle.

 

Avant Hamda, les autres femmes de la famille Abu-Ghanem qui ont perdu leurs vies pour « l’honneur » furent Naifa, Suzan, Zinat, Sabrin, Amira, Reem et Shirihan.

 

Comme certaines des autres victimes, Hamda avait passé ces dernières années dans un foyer, pourchassée par son frère. Son « crime », apparemment, était son grand nombre de conversations téléphoniques et le fait d’avoir été vu parler une fois à son cousin.

 

Il y a un an, Hamda avait porté plainte à la police contre son frère qui l’avait brutalisée. Il a été arrêté, mais libéré ensuite par le tribunal.

 

« Le plus difficile dans ces scènes de meurtre c’est le silence pesant » explique Yifrah Duchovnt, commandant de la police. « Personne ne pleure, personne ne parle ».

 

« Nous avons rencontré tous ceux qui était dans le voisinage au moment du meurtre pour les interroger et commencer à collecter des témoignages. Le premier a collaboré avec nous, peut-être sans s’en rendre compte, fut un membre de la famille qui disait que le meurtre n’était pas justifié, qu’Hamda n’avait brisé aucun honneur. Puis, une parente fut d’accord avec lui » explique Shreibhand.

 

Les enquêteurs ont dit à la mère, aux sœurs et cousines ce que le premier proche leur avait raconté et demandé ce qu’elles en pensaient. « Peu à peu, elles se sont mises à parler. Une commença par dire qu’elle en avait assez, qu’elle ne veut pas que cette situation continue. La mère, qui soutenait d’abord son fils, s’est mise à témoigner contre lui, partageant avec nous ce qu’elle savait. Elle dit être en colère qu’il ait tué sa fille. »

 

Les sœurs d’Hamda sont venues ensuite. Lorsqu’elle ont été confronté à Rashad au commissariat, elles lui ont crié dessus : « Tu es un chien » et « Reste en prison toute ta vie, assassin ! ». Une lui a demandé : « Pourquoi tu n’as pas essayé de me tuer aussi ? Je n’ai plus peur de toi ! ».

 

Les hommes, eux, ont eu du mal à dire un mot à la police. « Après que les femmes aient commencé à parler, elles ont elles-mêmes eu des menaces » dit Shreibhand.

 

Les témoins ont été placées dans des maisons sécurisées, de peur que les hommes ne les agressent. Cependant, certaines femmes ne se sont pas senties à l’aise dans ces maisons et sont retournées dans leur quartier. « Les relations entre les hommes et les femmes dans la famille sont très tendues. Nous avons eu une réunion spéciale pour assurer la protection des femmes après qu’elles aient témoigné et nous avons un plan » dit l’inspecteur.

 

Haaretz, 23 février 2007

~ par libertefemmespalestine sur février 26, 2007.

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